Trouver un sens

Trouver un sens à ce que l'on vit
par Maureen Dufour

« À chaque période de la vie sont rattachées une tâche et une signification particulières. »
Joan Chittister

La spiritualité, c'est l'attribution d'un sens à ce qu’on vit. Comme parents, éducatrices et dispensatrices de soins de jeunes enfants, nous sommes appelés à vivre les moments que nous réservent les enfants, dans l’émerveillement de ce qui les entoure.

Je suis une épouse, la mère de deux petites filles âgées de 9 et 11 ans et une enseignante occasionnelle au niveau élémentaire. Je travaille aussi, à temps partiel, à titre de coordonnatrice bénévole à Tapestry House, une maison où on donne aux dispensatrices de soins de tous ordres de l'attention et du soutien afin qu'elles se sentent maîtresses de leur destinée. Cette maison vise à enseigner aux participantes les meilleures façons de prendre soin d'elles-mêmes, en tenant compte des besoins individuels de chacune, de façon à ce qu'elles se sentent plus aptes à remplir leur rôle une fois de retour dans leur milieu.

Ayant onze ans d'expérience de la maternité, je sais à quel point il est important de prendre soin de moi-même physiquement, affectivement et spirituellement afin de pouvoir donner à mes filles les meilleurs soins possible. Bien qu’il soit aisé d'en parler après coup, je sais combien il a été difficile de traverser la période mouvementée de la découverte de la maternité.

À cette époque de ma vie, m'occuper de moi-même a aussi voulu dire me donner la permission de pleurer l'abandon de mon rôle d'enseignante. J'avais démissionné de mon poste au conseil scolaire pour demeurer à plein temps avec ma petite fille. Même si je m'émerveillais du cadeau que me donnait cette précieuse nouvelle vie, je me souciais beaucoup de la santé de ma fille car elle a eu des coliques pendant les trois premiers mois de sa vie. Le sommeil ne lui venait pas facilement et je n'avais aucune envie de cuisiner dans mes quelques rares moments de libres de la journée. Je ne cessais de me remettre en question moi-même à cause de mon incapacité de soulager la douleur de ma fille, ne sachant pas ce dont elle avait besoin et n'arrivant pas à la faire cesser de pleurer.

Sans l'aide d'amies qui avaient déjà fait l'expérience des joies et des difficultés d'une première maternité, et sans le soutien d'un mari aimant, je ne pense pas que je m'en serais sortie! L'importance de la collectivité a pris un tout nouveau sens pour moi et j'ai compris la sagesse du proverbe qui dit qu'il faut un village pour élever un enfant. Sur le conseil d'amies, je me suis jointe à plusieurs groupes de jeux pendant que Laura était encore un nourrisson. J'ai appris le pouvoir de l'écoute en entendant les autres raconter des épisodes de leur vie. Je me suis renseignée en me rendant à des conférences sur la famille, en écoutant parler des orateurs de talent et en lisant tout ce que je pouvais trouver sur l'art d'être parent.

Finalement, les coliques ont cessé et j'ai pu mieux apprécier le cadeau que représentait ce petit être dans ma vie. Je passais du temps à réfléchir et à méditer tous les matins pour nourrir mon esprit. Lorsque je nourrissais et berçais Laura, je me récompensais en lisant, ce qui est l'une de mes passions. J'ai lu des livres sur la spiritualité de la maternité et d'autres pour mon simple plaisir. J'ai tenu un journal pour moi-même et un pour ma fille, un trésor que nous aimons encore regarder aujourd'hui. Lorsqu'elle faisait ses courts sommes, j'en profitais pour dormir avec elle ou pour faire quelque chose de spécial pour moi. J'ai accepté l'offre de mes amies d'aller en promenade avec elle et j'ai compris d'une façon toute nouvelle la sagesse des paroles de Kahlil Gibran : « Donnons-nous de l'espace dans notre union ». Je l'aimais de tout mon cœur, mais je savais qu'il me fallait aussi prendre soin de moi-même, ce qui parfois voulait dire me séparer d'elle.

Comme mères et soignantes, nous avons tendance à penser que nous pouvons tout faire : tenir la maison impeccablement propre, cuisiner des repas-santé nutritifs, faire des montagnes de lessive, nous occuper de notre famille, jouer avec nos enfants et occuper un emploi. Est-il étonnant que nous nous épuisions à la tâche? La chose qui a peut-être été pour moi la plus difficile à vaincre, c'est l'image que j'avais de moi-même d'une mère et d'une maîtresse de maison parfaites. Recevoir me cause encore beaucoup de souci parce que je m'inquiète toujours de ce que les gens vont penser de ma maison tout à l'envers. Mais qu'est-ce qui est le plus important : tenir la maison propre ou me laisser prendre au jeu, portée par l'imagination sans bornes de mes enfants?

Lorsque je glissais dans l'univers de ma fille, je pouvais moi aussi m'émerveiller des beautés de la nature, du vol d'un papillon, de la trajectoire d'un insecte, de l'excitation que procure la construction de châteaux de sable et de la liberté ressentie en fendant l’air le plus haut possible sur une balançoire. Je partageais sa fascination pour la texture et le goût des aliments, pour la sensation d'un coup de vent qui fait perdre le souffle, et j'essayais de comprendre sa peur de l'eau. Je me réjouissais de sa facilité de communiquer, je riais de la voir découvrir les mots, leur sonorité et la sensation des sons dans sa bouche. Je célébrais les étapes de son cheminement vers l'indépendance, ses gamineries et son enthousiasme pour l’instant présent. Si seulement je pouvais recréer ces moments aujourd'hui, moi qui cours pour accomplir les tâches de l'étape actuelle de ma vie!

Quand je repense à cette époque, je suis à nouveau frappée de ce que m'ont appris mes enfants sur l'importance de prendre soin de moi spirituellement. Lorsqu'elles étaient très petites et devaient être nourries, leurs demandes étaient telles que je n'avais pas de mal à refuser les autres sollicitations. J'étais centrée sur le présent, consciente de la présence d'une forme de spiritualité partout dans la nature. Leur amour du plein air, leur énergie et leur vitalité m'obligeaient à me tenir en forme; l'exercice était inévitablement au programme chaque jour. La joie insouciante que leur procuraient les relations faisait en sorte que nous étions entourées d'amis et de membres de la famille.

Leur besoin de sommeil et d'une alimentation nutritive m'ont permis de me garder en forme, moi aussi. L'enchantement que leur procuraient l'artisanat et le jeu a alimenté ma créativité et mon imagination. J'ai découvert de nouveaux passe-temps grâce à cette période de ma vie et je continue à développer ma créativité de diverses façons. L'amour de mes enfants pour les histoires m'a captivée si bien que je collectionne maintenant les livres d'histoires pour enfants et que je m'intéresse à la vie des gens. Lorsque l'anxiété et le stress menacent de me prendre d'assaut, je reprends mon souffle, je fais une pause, émerveillée et reconnaissante du cadeau qu'est pour moi ma famille.

Oui, nos enfants nous « réveillent » chaque jour. Il nous appartient d'être attentives à ces appels et suffisamment à l’écoute pour savoir y répondre. J’aimerais terminer en citant ces sages propos de ma voisine de quatre ans. Lorsque sa mère lui a proposé de sortir pour l'aider à débarrasser le jardin des mauvaises herbes, voici ce que Leila lui a répondu : « Est-ce qu'on ne pourrait pas simplement sortir pour profiter du jardin? »

Profitez bien de votre jardin!

Maureen Dufour est coordonnatrice à Tapestry House, un lieu de répit, d'apprentissage et de sollicitude consacré à l'habilitation des personnes qui prennent soin d'autrui. Pour en savoir davantage au sujet de cette maison, s'adresser au 271, rue Stewart, Ottawa (Ontario) K1N 6K3; téléphone : (613) 562-9628; courriel : tapestry_house@hotmail.com; site Web
www.tapestryhouse.ca.

Interaction, Vol. 16, No 3, Automne 2002. P. 32-33. © CCCF