Poup
Poupées et fusils
par Gerri Thompson
Croyez-vous qu’il est approprié que votre service de garde offre des poupées-mannequins comme jouets aux enfants?
Croyez-vous qu’il est approprié que les enfants de votre service de garde jouent avec des pistolets imaginaires?
Si vous arrivez à répondre à ces questions promptement, c’est que vous n’avez peut-être pas songé qu’elles soulèvent un dilemme faisant appel au sens de l’éthique. Si l’on nous demande : « Voulez-vous la balle rouge ou bleue? », la plupart d’entre nous répondons sans trop réfléchir parce que cette question ne comporte aucun aspect moral. Par contre, si la question comporte un dilemme moral, il nous faut davantage de temps pour y répondre.
Pour les questions concernant les poupées-mannequins et les pistolets, la décision qui sera prise sera souvent influencée par les valeurs et les croyances du milieu. Par exemple, si vous êtes d’avis que les poupées ont des tailles irréalistes que personne ne pourrait avoir et si vous trouvez que les enfants voient assez souvent des mannequins à qui la grande majorité des gens ne pourront jamais ressembler, ces points de vue pourraient alors influencer votre décision de ne pas offrir de poupées-mannequins à votre service de garde. Si par contre vous valorisez le processus de création que les enfants vivent en faisant des jeux de simulation et que vous voulez qu’ils puissent utiliser des poupées pour interpréter ce qu’ils comprennent du monde des adolescents qui les entoure, vous pourrez alors peut-être permettre la présence de ce genre de jouets dans votre service de garde.
Dans le même ordre d’idées, si vous valorisez un style de vie non violent et pacifique, il se peut que vous décidiez d’interdire les jeux avec des pistolets. Toutefois, si vous habitez sur une base militaire, où les parents des enfants portent des armes dans le cadre de leur travail, ou si vous prenez soin des enfants de policiers ou de professions semblables, vous pourriez dans ce cas choisir de permettre aux enfants de jouer avec des pistolets imaginaires et d’en profiter pour leur enseigner la sécurité et le maintien de la paix. Ce qui semblait au départ une décision toute simple à prendre a soudain des proportions complexes si l’on tient compte de toutes les valeurs et de tous les points de vue possibles. Pour prendre une décision qui a une incidence morale, il faut d’abord justement tenir compte des valeurs et points de vue qui entrent en jeu.
En tant que nouvelle profession, les éducatrices de la petite enfance sont liées par un Code de déontologie. Ce code constitue un autre outil qui peut nous aider à prendre des décisions concernant un dilemme d’ordre éthique. Un tel code ne vise pas à fournir des réponses toutes faites sur la façon d’agir dans une situation donnée. Au contraire, il cherche à tracer des principes admissibles sur le plan professionnel qui devraient guider notre processus de prise de décisions. Le deuxième principe du Code de déontologie stipule en partie que les intervenantes doivent offrir aux enfants des « [...] milieux soigneusement organisés pour répondre à leurs besoins individuels et elles [doivent favoriser] leur développement social, émotif, physique et cognitif ». Ce principe peut avoir comme effet d’appuyer ou de révoquer l’utilisation des poupées-mannequins et des pistolets imaginaires, selon les croyances et les valeurs rattachées à leur utilisation. Il est clair que le Code ne nous fournit pas de règle à suivre. Il nous faut fonder notre décision sur un certain nombre d’autres facteurs, y compris les valeurs et les points de vue des parties intéressées et les effets de tels jeux sur ces parties.
D’autres principes nous demandent de soutenir les parents et de travailler en partenariat avec nos collègues. La perspective de chacun devrait avoir un poids dans les décisions que nous prenons. On peut constater que, peu importe le choix qui sera retenu, nous respecterons les dispositions du Code. En fait, le Code nous évite de tirer des conclusions hâtives et nous assure que nous avons tenu compte d’autant de facteurs pertinents que possible.
En bout de ligne, il faut tout de même prendre une décision. Il nous faut choisir quelle valeur, quel point de vue ou quel principe aura préséance après avoir acquis toute l’information que nous pouvions dans le temps alloué pour prendre la décision. Au fil du temps, on pourra déterminer si la décision prise était la bonne ou non et changer d’avis au besoin. À court terme, nous devons savoir que nous avons pris une décision fondée sur l’information du moment et que notre décision se fondait sur les principes du Code de déontologie qui est accepté par les éducatrices de la petite enfance de tout le pays.
Discutez de ces dilemmes avec vos collègues. Ont-elles répondu si rapidement qu’elles n’ont pas eu le temps de se rendre compte qu’il s’agissait d’un problème d’ordre moral? Discutez du processus de décision fondé sur des principes éthiques. Étudiez la possibilité de suivre une formation en éthique lors de votre prochaine séance de perfectionnement professionnel. Peut-être que vous y découvrirez de nouvelles stratégies de prise de décisions d’ordre moral.
Gerri Thompson est chargée de cours au Assiniboine Community College de Brandon (Manitoba) et formatrice en éthique auprès de la Manitoba Child Care Association.
Interaction, Vol. 16, No 2, Été 2002. P. 16-17. © CCCF







