Enthusiasm of a Novice ECE
Enthusiasm of a Novice ECE
par Debra Mayer
À titre d’éducatrice de la petite enfance dans un centre préscolaire, vous vous réjouissez de travailler avec des enfants. Vous consacrez des heures à la maison à passer en revue toutes les ressources que vous avez compilées lorsque vous étiez étudiante. Vous trouvez toutes sortes de bonnes idées pour organiser les activités thématiques en groupe et pour favoriser l’expérience de jeu des enfants. Tous les soirs, vous préparez les plaisirs du lendemain dans tous leurs détails. Le travail est si gratifiant! Votre seul regret, c’est que certaines collègues ne sont pas aussi ouvertes et amicales que vous l’auriez espéré, tandis que d’autres banalisent vos efforts.
Un jour, dans la salle du personnel, vous discutez avec une collègue qui a vu à quel point les enfants étaient enthousiastes lors d’une de vos activités, celle de la peinture avec des glaçons. Le sourire aux lèvres, vous demandez si elle a remarqué combien Jamila hésitait à toucher les glaçons au début pour ensuite presque refuser de changer d’activité. L’autre éducatrice vous accuse d’être tellement zélée que cela donne une mauvaise image du reste du personnel. Elle renchérit en disant que vous ne tarderez pas à mener vos activités sans préparation. « Tu découvriras bien la réalité propre aux éducatrices; certaines d’entre vous mettez plus de temps à vous en rendre compte que d’autres ». Vous êtes surprise et décontenancée par ces paroles. Vous vous sentez blessée et fâchée.
Pour vous, le bon fonctionnement d’un programme de qualité dépend du travail qui y est investi. Vous vous souvenez de ce que vos enseignantes disaient : il faut méditer sur ses pratiques pour permettre aux enfants un apprentissage positif. C’est là une des conditions du travail. Pourtant, cette même semaine, vous remarquez qu’aucune de vos collègues ne semble se préparer comme vous. Vous commencez à dire « Les autres ont peut-être raison... et si la réalité est bien différente dans le monde de l’éducation de la petite enfance ».
Que faites-vous?
Quelle est votre première réaction? Vous pouvez ne pas tenir compte de ce que les autres pensent. Vous pouvez exprimer votre colère face au manque de professionnalisme de vos collègues. Vous pouvez aussi vous sentir frustrée parce que votre formation collégiale était un « mensonge ». Tous ces sentiments sont plausibles. Il est important de déceler vos propres réactions émotionnelles, car elles représentent une fenêtre sur vos valeurs personnelles. Essayez de déterminer quelle valeur est la plus importante dans une telle situation : faire de votre mieux ou vous faire accepter dans l’équipe? Cette démarche vous aidera à prendre conscience de votre inclination naturelle.
Le Code de déontologie vous sert de guide pour déterminer la meilleure ligne de conduite. Lisez chacun des huit principes et demandez-vous lesquels sont pertinents à ce dilemme. Rappelez-vous : même s’ils sont numérotés de 1 à 8, tous les principes ont le même poids. D’ordinaire, deux ou plusieurs principes s’opposent lorsque vous vous trouvez devant un dilemme. Desquels s’agit-il dans cette situation? Si vous vous livrez à cette activité avec des camarades de classe ou des collègues, vous verrez que les principes en litige ne sont pas les mêmes pour vous et pour les autres. Énumérez ces principes contradictoires. Par exemple, « les praticiennes en service de garde à l’enfance [...]
. aident les enfants à donner leur plein rendement dans des milieux soigneusement organisés pour répondre à leurs besoins individuels [...];
. travaillent en collaboration avec leurs collègues [...] en vue de concourir au bien-être des enfants et de leur famille;
. travaillent d’une façon qui rehausse la dignité humaine en créant des relations fondées sur la confiance, le souci d’autrui et la coopération [...];
. font preuve d’intégrité dans toutes leurs relations professionnelles. »
À présent, dressez une liste de toutes les personnes touchées par votre conduite : collègues, enfants, parents, superviseure, directrice, conseil d’administration, organisme de réglementation professionnelle, membres de votre famille, vous-même, etc. Examinez la situation du point de vue de chacun.
Certaines questions surgiront : Pourquoi toutes les intervenantes ne font-elles pas les mêmes efforts? Le travail de préparation non rémunéré constitue-t-il une pomme de discorde dans ce service? L’orientation générale du centre est-elle typique des nouveaux programmes ou plutôt de la planification thématique? Quelles sont les attentes des parents quant à l’apprentissage de leurs enfants? Les enfants sont-ils heureux et apprennent-ils? Existe-t-il des politiques pour orienter la planification? Voilà à peine quelques questions possibles. Ne vous souciez pas d’y répondre, restez seulement ouvertes aux possibilités.
Réfléchissez à des actions possibles. Ne les évaluez pas pour l’instant; contentez-vous d’énumérer les suites que vous pourriez donner à la situation. Par exemple, vous pourriez faire fi des commentaires de votre collègue, continuer d’agir dans le meilleur intérêt des enfants, parler à la directrice de l’attitude désagréable de certains collègues, demander une évaluation de votre façon d’agir, adopter une attitude moins exubérante dans vos activités, soulever vos préoccupations lors d’une réunion du personnel, chercher un autre emploi, téléphoner en catimini à l’organisme chargé de la délivrance des permis pour faire part du laisser-aller dans le choix des programmes, ou cesser de vous préparer à la maison.
Enfin, déterminez quelles sont les conséquences de chaque ligne de conduite possible pour chacune des personnes concernées. Par exemple, si vous vous plaignez à la directrice du centre, certaines collègues perdraient-elles leur emploi? Si les enfants s’ennuient et ne progressent pas, leurs chances de réussite à l’école diminueront-elles? Si vous avez accumulé 20 000 $ de dettes en prêts étudiants, pouvez-vous vous permettre de quitter votre emploi par principe?
Une fois que vous avez systématiquement évalué tous ces facteurs, vous êtes prête à prendre la « meilleure décision », ce qui n’est pas nécessairement une tâche facile. Le principe directeur que vous devez suivre est « d’infliger le moins possible de dommages évitables ». Votre décision vous permet en fin de compte de déclarer publiquement quel principe vous chérissez le plus dans une telle situation.
Votre « meilleure » décision sera le reflet de vos sentiments et de votre pensée; elle cristallisera vos valeurs et les affichera à la vue de toutes vos collègues et consœurs. Ce processus de prise de décision vous permettra également de devenir une professionnelle plus responsable, plus efficace et plus épanouie. Alors, que décidez-vous?
Debra Mayer est consultante en soins de la petite enfance et enseigne l’éducation de la petite enfance à l’Université de Winnipeg ainsi qu’à l’Assiniboine Community College. Elle est membre du comité de déontologie de la Manitoba Child Care Association et a contribué à donner l’impulsion aux programmes de formation respectueux des principes éthiques. © FCSGE 2002
Interaction, Vol. 16, No 1, Printemps 2002. P. 13-14. © CCCF







