Vers des jours meilleurs
Vers des jours meilleurs
par Sandra Griffin
Le débat public et politique entourant la garde à l’enfance tend à porter exclusivement sur des questions de disponibilité, d’accessibilité, de coûts et de responsabilisation. On reconnaît généralement que les services de garde à l’enfance se doivent d’être de « bonne qualité », et des études qui ont fait date, comme Oui, ça me touche!, ont fait ressortir le lien inextricable entre qualité des services et qualité des intervenantes offrant ces services. Toutefois, on a accordé peu de reconnaissance à la façon dont nous pouvons et nous devons construire un réseau de soutien pour ces intervenantes, un réseau qui ferait la promotion des connaissances et des compétences nécessaires pour offrir les soins de qualité élevée que méritent nos enfants. C’est autour de ce réseau que se constitue la profession elle-même.
Les éducatrices sont le pivot sur lequel repose la qualité. Des recherches montrent assez clairement qu’elles sont le facteur le plus important de la qualité élevée des services de garde à l’enfance. Cependant, les éducatrices du Canada sont fragmentées, sans ressources suffisantes et sans soutien adéquat, à l’instar du « système » de garde lui-même.
Bien que la réglementation et la législation puissent régir certains aspects concrets de la qualité, tels que le ratio enfants-éducatrice, la taille des groupes ainsi que les pratiques liées à la santé et à la sécurité, il y a tout de même des aspects critiques qui ne peuvent l’être, comme la quantité d’interactions positives entre une intervenante et un enfant. Sans tenir compte de la nécessité de suivre une formation, comment détermine-t-on le contenu et la qualité d’une formation? Qui établit des normes de formation et qui les évalue? Qui évalue la pratique et à quelles normes la compare-t-on?
À part la formation que doivent suivre les intervenantes avant d’entrer en fonction, comment apprennent-elles les dernières évolutions de leur secteur? Les connaissances ne sont pas statiques. Tout comme les structures sociales évoluent, les éducatrices sont elles aussi tenues de répondre aux changements. La recherche et l’expérience doivent constamment faire connaître les bonnes pratiques parce qu’il est crucial de se garder au fait pour maintenir la qualité. Mais qui est responsable du lien entre recherche et pratique?
Dans d’autres secteurs – l’éducation, la médecine et le droit –, il existe un organisme professionnel redevable devant le grand public des services offerts par ses membres. Une profession est un champ d’entreprises humaines ayant un bassin de connaissances bien définies contenant des principes communs pour la mise en pratique des connaissances et des compétences. Les représentants d’une profession doivent posséder les connaissances et les compétences nécessaires pour appliquer les principes dans la pratique. Une profession génère également de nouvelles connaissances, les transmet à des étudiants qui veulent s’y joindre, définit des normes à respecter pour en faire partie et vérifie si la pratique respecte un code de déontologie.
Les soins et l’éducation de la petite enfance est une nouvelle profession qui possède une infrastructure rudimentaire. Nous apprenons tous les jours à quoi ressemble la qualité. Nous avons mis au point des normes de pratique professionnelle, un code de déontologie et des outils d’auto-évaluation. Les congrès, les ateliers et les séminaires abondent. La technologie rend l’information et les connaissances accessibles. Pourquoi donc nous faut-il encore parler de professionnalisme?
Parce que tout n’est pas aussi simple. On a noté que les premières études sur la « professionnalisation » et les caractéristiques des « professions » ont été faites par des sociologues masculins qui étudiaient des hommes au travail. Notre champ a besoin d’un modèle différent – un modèle qui traduit le caractère unique d’une profession travaillant en étroite collaboration avec les parents et la collectivité pour offrir des soins et une éducation à nos plus jeunes citoyens, un modèle qui ne définit pas la « profession » par les gens qu’elle exclut, mais qui cherche plutôt à faire progresser toutes les personnes qui y œuvrent vers des « jours meilleurs ».
Mais que sont ces « jours meilleurs »? Ce sera l’époque où le travail sera reconnu et grandement valorisé tant par les intervenantes que par le grand public, où la valeur du travail se reflétera dans le salaire et les avantages, où l’accès au perfectionnement des connaissances et des compétences sera disponible et accessible à tous, peu importe leur lieu ou leur langue – parce que les enfants de tout le Canada ont besoin de services et d’éducation de la petite enfance dans bien des langues.
Les personnes dévouées qui offrent actuellement ces services et toutes celles qui leur succéderont ont besoin de tout le soutien qu’on peut leur offrir pour faire le meilleur travail – le travail décrit dans l’entente sur le développement de la petite enfance conclue par les premiers ministres, qui prévoit qu’aucun enfant ne sera laissé pour compte. Il nous faut donc travailler ensemble pour veiller à ce que « aucune intervenante ne soit laissée pour compte » sur notre cheminement vers une profession qui offre des soins et des services d’éducation de la petite enfance de la meilleure qualité possible pour tous les enfants du Canada.
Sandra Griffin est la directirce générale de la Fédération canadienne des services de garde à l’enfance. © FCSGE 2001
Interaction, Vol. 15, No 2, Été 2001. P. 4. © CCCF







