Du 11 septembre 2000 au 11 d
Du 11 septembre 2000 au 11 décembre 2001
par Sandra Griffin
Le 11 septembre 2000, les premiers ministres ont signé une entente historique sur le développement de la petite enfance. Elle reconnaissait que « chaque enfant devrait être respecté et avoir la possibilité d’exploiter les capacités physiques, affectives, intellectuelles, spirituelles et créatives qui lui sont propres »; elle confirmait que les gouvernements s’engageaient à travailler ensemble « afin que les jeunes enfants puissent s’épanouir pleinement et qu’ils soient en santé, en sécurité, prêts à apprendre ainsi qu’impliqués socialement et responsables »; elle assurait qu’aucun enfant ne sera laissé pour compte; elle promettait 2,2 milliards de dollars sur cinq ans pour appuyer les nouveaux investissements faits par les provinces et les territoires dans les services et les ressources visant le développement de la petite enfance. Le 11 septembre 2001, date du premier anniversaire de cette entente historique, passera plutôt à l’histoire comme un jour affreux décrit par plusieurs comme étant « la journée qui a changé le monde ».
Le 11 décembre 2001, le gouvernement fédéral a déposé un nouveau budget, « Assurer le progrès dans un monde incertain », qui reconnaît l’importance de la sécurité nationale, promet de préserver la sécurité de la population canadienne, de ne pas laisser entrer les terroristes et de laisser notre frontière ouverte » et prévoit une couverture de 12 milliards de dollars pour assurer la sécurité (Ottawa Citizen, 11 décembre 2001).
Nous nous trouvons à une intéressante croisée des chemins au Canada. D’une part, nous constatons un accroissement de l’importance accordée à la petite enfance. Il semblerait que de plus en plus de gens qui détiennent le pouvoir politique commencent à se rendre compte que l’enfance a des incidences sur toute la vie. D’autre part, nos chefs politiques réagissent aux événements du 11 septembre 2001 en essayant d’assurer aux Canadiens et aux Canadiennes que nous pouvons participer à la « guerre au terrorisme » et faire du monde, ainsi que du Canada, un endroit plus sécuritaire.
Je cite ces deux exemples pour montrer que les gouvernements sont tiraillés entre les priorités nationales auxquelles ils doivent répondre. C’est d’ailleurs là le problème – les besoins des enfants de notre pays sont trop assimilés à d’autres besoins qui se font concurrence pour les ressources des gouvernements. Nous ne sommes pas encore arrivés à un moment où l’on répond continuellement de manière prioritaire aux besoins de nos enfants, où l’on reconnaît que la santé et l’éducation des jeunes d’un pays constituent le véritable déterminant du type de source de sécurité dont profite l’avenir d’une nation. C’est là notre véritable espoir dans un monde incertain.
Par conséquent, nous avons fait bien peu de progrès pour « résoudre la crise dans le secteur de la garde à l’enfance » au Canada. Nous avons encore de la peine à nous défaire de la notion que les enfants doivent rester à la maison, une notion qui semble justifier le fait de ne pas investir dans les milieux où la majorité des enfants se trouvent, c’est-à-dire dans un service de garde quelconque. De fait, il suffit de lire les articles qui paraissent dans les journaux et qui abordent la question d’un programme national de garde à l’enfance :
Edmonton Sun (éditorial/opinion, 1er octobre 2000) : « Ce n’est pas un triomphe de la société moderne, mais une condamnation d’une longue succession de gouvernements surtout libéraux et de gauche qui ont fait dévier le régime fiscal en faveur de l’institutionnalisation des enfants. »
National Post (éditorial/opinion, 2 octobre 2000) : « La meilleure façon d’améliorer la qualité de l’éducation des enfants de ce pays n’est pas de trop instruire les professionnels de la garde à l’enfance de notre pays. Ottawa devrait plutôt accroître le revenu après impôt des parents. Avec davantage d’argent dans leurs poches et plus de temps libre, les parents seraient plus susceptibles d’élever leurs propres enfants au lieu de confier cette tâche à quelqu’un d’autre. »
Calgary Sun (éditorial/opinion, 4 octobre 2000) : « En outre, il est étonnant de constater que seulement une mère ou un père sur cinq choisit de rester à la maison avec ses enfants. Qui, après tout, peut avoir une plus grande incidence sur le bien-être des enfants que la mère ou le père? [...] Le danger, ici, est l’émergence d’un programme de garde national quelconque qui ferait qu’il serait encore plus difficile pour les parents de rester à la maison avec leurs enfants. [...] L’éventualité que des parents soient forcés pour des raisons économiques de confier leurs enfants à des services de garde institutionnels contrôlés par l’État sans qu’ils n’aient d’autres choix est inquiétante. »
Ce dernier éditorial poursuit pour dire : « Si l’on compte les coûts de la réglementation et de l’application de normes de garde nationales, imaginez les incitatifs fiscaux que l’on pourrait offrir aux parents qui veulent s’occuper de leurs enfants. »
Il y a trois grandes erreurs de logique et suppositions ici. D’abord, nous sommes l’État. La qualité des soins dont les enfants bénéficient dans quelque système que ce soit reflète la priorité que les électeurs accordent à cette question. Si tout le monde est d’avis que la garde à l’enfance doit seulement être de la plus haute qualité, alors c’est ce que nous aurons. L’État n’est pas une puissance nébuleuse qui attend de saisir les enfants pour les mettre de force dans des services de garde de piètre qualité pour les « institutionnaliser ».
Ensuite, on ne s’est jamais attendu à ce que les parents assument seuls la lourde tâche d’élever leurs enfants. La garde à l’enfance a toujours été, sous une forme quelconque, une responsabilité communautaire. Nous savons que les enfants s’épanouissent dans des collectivités (y compris des familles élargies) où il y a un sens commun des responsabilités à leur égard, des collectivités où les enfants reconnaissent qu’il y a un bon nombre d’adultes importants dans leur vie qui se soucient d’eux et qui s’occupent d’eux. Mais les temps changent et notre société est maintenant bien plus complexe. Les familles sont dispersées à travers le continent, les milieux de travail ne sont pas comme une ferme familiale ni situés près de la maison, les familles déménagent souvent. Il nous faut des solutions qui reflètent ce dont les enfants et les parents ont maintenant besoin. Des services de garde de haute qualité, abordables et accessibles représentent l’un des grands besoins non satisfaits du Canada.
Enfin, il y a la notion ridicule qu’un changement à la politique fiscale « réglerait le problème ». Est-ce que quelqu’un croit sérieusement que notre économie pourrait fonctionner si toutes les mères restaient à la maison? Il y a plus de 2 millions de mères ayant des enfants de moins de 6 ans, et plus de 60 % d’entre elles ont un emploi rémunéré. Et si elles arrêtaient de travailler? Si l’on combine la perte des recettes fiscales avec le montant nécessaire pour offrir des incitatifs fiscaux suffisants pour qu’elles aient les moyens de rester à la maison, on arrive à un calcul approximatif où les contribuables restants auraient à payer 37,5 milliards de plus par année. Et qu’en est-il des effets sur le développement des enfants si le système ne leur offre pas de soutien suffisant, ni à eux ni à leurs parents? La recherche nous indique que les coûts de ces effets sont substantiels.
C’est là la croisée des chemins à laquelle nous nous trouvons au Canada. Comment assurerons-nous le progrès dans un monde incertain? Prendrons-nous le chemin qui laisse les enfants nous guider vers l’avenir? Choisirons-nous plutôt le chemin qui laisse les enfants derrière en espérant qu’ils arriveront d’une manière quelconque à nous rattraper et qu’ils comprendront lorsque nous leur expliquerons que « nous n’avions tout simplement pas d’argent à dépenser pour vous. »
Le Plan d’action national pour les enfants nous convie à imaginer une société « qui apprécie les enfants pour eux-mêmes et qui permet à chaque enfant de se sentir à sa place et d’atteindre son plein épanouissement »; une société qui reconnaît que les enfants sont la responsabilité de tous et l’avenir de tous; où tous les enfants grandissent pour devenir des adultes responsables, productifs, en santé et bienveillants; où aucun enfant n’est laissé pour compte». Nombre d’entre nous avons de la difficulté à concevoir que nous sommes sur la bonne voie pour concrétiser cette prétendue société quand nous entendons parler d’une fuite en Ontario où un document décrirait des compressions majeures au budget provincial de la garde à l’enfance ou quand nous entendons le nouveau gouvernement de la Colombie-Britannique annoncer des compressions de 30 % des budgets ministériels, y compris au ministère qui s’occupe des programmes de garde à l’enfance, ce qui laisse présager des compressions importantes des programmes pour les enfants ayant des besoins spéciaux.
La bonne nouvelle, c’est qu’un certain nombre de provinces ont fait des investissements substantiels dans les soins et l’éducation de la petite enfance au cours de la dernière année. Le dernier budget fédéral comprenait 185 millions supplémentaires sur deux ans pour aider les enfants autochtones. Développement des ressources humaines Canada continue à financer les innovations dans la garde à l’enfance par l’entremise de subventions de partenariat pour le développement social. Grâce à ces fonds, la FCSGE continue à élaborer et à diffuser des ressources pour appuyer votre travail au niveau provincial ou territorial afin de contribuer à la réalisation des visions formulées dans le Plan d’action national pour les enfants et par l’entente des premiers ministres sur le développement de la petite enfance. Il n’a jamais été aussi impératif que chacun et chacune d’entre nous tente de faire changer les choses dans sa sphère d’influence.
Les membres auront maintenant reçu la trousse « Recherche en neurologie du développement : leçons à tirer pour les éducatrices dans leur pratique au près des enfants ». Cette trousse explique clairement l’importance de la petite enfance. Offrez de faire un exposé à votre groupe de parents, à votre conseil municipal, à d’autres groupes communautaires, aux gouvernements provinciaux ou territoriaux. Trouvez des moyens de collaborer au nom des enfants avec vos consœurs et confrères dans la collectivité, la province ou le territoire. Ne manquez les nouvelles ressources qu’élabore cette année la FCSGE dans le cadre de son initiative « L’avancement d’un plan d’action pour la petite enfance ». Cette initiative est conçue à votre intention – pour vous aider à faire bouger les choses – et à faire changer le monde.
Interaction, Vol. 16, No 1, Printemps 2002. P. 5-6. © CCCF







