Session extraordinaire des Nations unies consacr

Session extraordinaire des Nations unies consacrée aux enfants
par Sandra Griffin

J’ai eu le privilège de faire partie de la délégation canadienne à la Session extraordinaire des Nations unies consacrée aux enfants qui a eu lieu en mai dernier à New York. Il a été particulièrement intéressant pour notre secteur de constater que presque tous les discours des États représentés aux Nations unies ont fait référence à l’importance du développement de la petite enfance pour le bien-être général de leur pays. Au nom du Canada, le vice-premier ministre John Manley a déclaré que « nous sommes résolus à faire en sorte que [les enfants] aient tous le meilleur départ possible dans la vie et à les accompagner dans leur développement. Il nous incombe de veiller à les préparer à apprendre, en les dotant des bons outils, pour qu’ils acquièrent les connaissances et les compétences, la motivation et la liberté créatrice dont ils auront besoin pour mener une vie gratifiante et bien remplie. » M. Manley a même poursuivi en faisant référence à l’Accord sur le développement de la petite enfance et en précisant que : « nous avons commencé à mettre sur pied un système complet de services pour les jeunes enfants et leurs familles ».

De fait, le Canada, par le biais des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, a fait un certain nombre de promesses à nos enfants au cours de la dernière décennie – de la ratification de la Convention relative aux droits de l’enfant en 1991 jusqu’à la signature ces dernières années du Plan d’action national pour les enfants et de l’Accord sur le développement de la petite enfance.

Il faut aussi maintenant ajouter la signature à l’Assemblée des Nations unies, le 10 mai 2002, du document Un monde digne de nous qui décrit les promesses collectives mondiales que nous faisons aux enfants pour les dix prochaines années, y compris l’élaboration de plans d’action nationaux dans chaque pays pour prouver que les promesses sont bien tenues. Consultez le site Web de l’UNICEF pour voir le texte complet de ce document (www.unicef.org).

Nous devons collaborer à l’échelle communautaire pour susciter des attentes élevées afin que durant la prochaine décennie nous tenions effectivement nos promesses. J’espère que le discours ci-dessous livré par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, sera une aussi grande source d’inspiration pour vous qu’il l’a été pour moi – il nous faut travailler encore plus fort pour concrétiser nos promesses. Comme l’a dit le Forum des enfants à la Session extraordinaire : « Nous voulons un monde digne des enfants, car un monde digne de nous est un monde digne de tous. »

New York, 8 mai 2002 — Déclaration du Secrétaire général à l’ouverture de la session extraordinaire de l’assemblée générale consacrée aux enfants

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Cette session extraordinaire consacrée aux enfants va bien au-delà de ce que son titre pourrait laisser supposer. Il y est question de l’avenir de l’humanité. Nous nous rassemblons aujourd’hui parce qu’aucun problème n’est plus unificateur, urgent et universel que le bien-être de nos enfants.

Chacun de nous, qu’il soit fonctionnaire de l’Organisation des Nations unies ou représentant d’un gouvernement ou de la société civile, et encore plus s’il s’agit d’un des enfants présents ici, est convaincu que cette session doit revêtir un caractère vraiment extraordinaire. Extraordinaire, elle le sera, à au moins un titre, car c’est la première fois que des enfants prennent part à un tel événement. Je vous conjure, vous adultes présents ici, de les écouter attentivement. Un monde fait pour les enfants ne peut se construire qu’avec l’aide des enfants. Aussi, est-ce à eux, les enfants du monde, que je m’adresse aujourd’hui.

Où que vous viviez, sachez que :
Vous avez le droit de grandir à l’abri de la pauvreté et de la faim.
Filles ou garçons, vous avez droit à un enseignement de qualité.
Vous avez le droit d’être protégés des maladies infectieuses, y compris le sida.
Vous avez le droit de grandir sur une planète propre et saine, et d’avoir accès à l’eau potable.
Vous avez le droit de vivre sans craindre la guerre, les mauvais traitements et l’exploitation.

Ces droits vous reviennent indéniablement. Et pourtant nous, les adultes, avons malheureusement failli à notre devoir de les défendre tous. Un tiers d’entre vous ont souffert de la malnutrition avant l’âge de 5 ans. Un quart d’entre vous ne sont vaccinés contre aucune maladie. Presque un cinquième d’entre vous ne vont pas à l’école. Pour ceux d’entre vous qui vont effectivement à l’école, quatre sur cinq n’atteindront jamais la cinquième année d’enseignement. Vous êtes trop nombreux à avoir été témoins d’actes de violence qu’aucun enfant ne devrait voir. La menace de la dégradation de l’environnement pèse sur vous tous.

C’est à nous, adultes, qu’il incombe de corriger toutes ces situations qui reflètent nos manquements, et nous nous y engageons solennellement. Ces droits que j’ai décrits comme étant vôtres font partie des engagements pris par tous les dirigeants du monde dans la Déclaration du Millénaire. Ils ont promis que, d’ici à l’an 2015, le nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour aura été réduit de moitié. Ils ont promis qu’en cette même année, tous les garçons et les filles en âge de fréquenter l’école primaire seront scolarisés. Ils ont promis que le sida sera arrêté dans sa propagation. Ils ont promis de travailler à la prévention de la guerre et à la préservation des ressources de notre planète.

Cette réunion doit nous rappeler que c’est à vous, la génération future, que ces promesses ont été faites.

Ainsi, l’enfant né en 2000 a le droit d’espérer voir un monde très différent lorsqu’il ou elle aura 15 ans. De fait, vous avez tous le droit de voir se dessiner un monde meilleur de votre vivant. Ce monde, nous ne pourrons l’ériger qu’en investissant en vous, les enfants du monde.

Certains diront que c’est irréalisable. Mais regardez ce qui a été accompli auparavant sur des durées de 15 ans seulement.

L’enfant né en 1954 est venu dans un monde où aucun satellite n’avait encore été envoyé dans l’espace. L’année de ses 15 ans, un homme marcha sur la Lune.

L’enfant né en 1964 est venu dans un monde où des dizaines de millions de gens étaient contaminés par la variole. L’année de ses 15 ans, la variole a été officiellement déclarée vaincue.

L’enfant né en 1976 a vu le jour au moment où l’Afrique du Sud vivait les années les plus sombres et les plus violentes du régime d’apartheid. L’année de ses 15 ans, Nelson Mandela fut libéré et le régime de l’apartheid était près de s’écrouler. Nous sommes enchantés qu’aujourd’hui, 10 ans après, Madiba se trouve parmi nous à cette session extraordinaire, et continue, plus que tout autre, à œuvrer pour que les enfants connaissent des lendemains meilleurs.

Enfin, l’enfant né en 1982 est venu dans un monde où rien n’était fait pour limiter la pose des mines, de l’Angola jusqu’en Afghanistan, qui tueraient ou mutileraient des milliers d’enfants. L’année de ses 15 ans, un traité prohibant l’emploi de ces armes odieuses a été signé.

Qu’est-ce que ces événements ont en commun? Ils ont pu avoir lieu parce que des êtres s’étaient employés, de tout leur esprit et de tout leur cœur, à travailler ensemble pour atteindre les objectifs qu’ils s’étaient fixés.

S’ils ont pu réaliser ces exploits pendant les quelques années que dure une enfance, comment pourrons-nous ne pas accomplir les engagements pris par tous les pays du monde, d’autant plus que nous savons par expérience que pour chaque dollar consacré au développement d’un enfant, toute la société recueille 7 dollars en retour?

Aux adultes présents dans cette salle, je dis : cessons de faire payer nos échecs à nos enfants. Qui d’entre nous ne s’est pas senti humilié en croisant le regard éploré d’un enfant? Les enfants présents dans cette salle écoutent nos paroles. Eux et leurs semblables dans tous les pays ont le droit d’attendre de nous que nous passions de la parole à l’acte : bâtir un monde digne des
enfants.

Je vous remercie.
Le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan