Press Room
Attirer et retenir un personnel qualifié
par Elaine Ferguson
Les services de garde d'enfants traversent actuellement une grave crise de recrutement et de maintien en poste du personnel qualifié. L'étude contextuelle menée dans le cadre du projet Child Care Connections a permis de relever cinq facteurs qui sont à l'origine de cette double crise.
Côté formation
- un faible taux d'inscription aux programmes de formation dû à des coûts à la hausse;
- la disparition des bourses d'aide à la formation professionnelle;
- des programmes de formation peu attrayants pour les élèves du cycle secondaire aspirant à une carrière;
- l'absence d'information précise et attrayante sur les conditions d'inscription aux programmes de formation et les avantages d'une carrière dans le secteur de l'éducation de la petite enfance;
- la complexité croissante des programmes d'études en éducation de la petite enfance qui a entraîné leur subdivision; par exemple, on doit maintenant offrir une formation spécialisée pour la garde des nourrissons, des enfants d'âge scolaire, des enfants ayant des besoins spéciaux, ce qui rehausse le niveau général de formation exigé.
Côté stratégie
- un manque de vision claire quant au rôle et aux objectifs d'un service de garde à la petite enfance, sans laquelle on ne peut concevoir une ligne d'action efficace;
- une stratégie axée essentiellement sur les populations « à risques »;
- une stratégie qui ne tient pas compte du fait que les services de garde d'enfants contribuent au développement et à la croissance de tous les enfants.
Côté profession
- l'absence d'association professionnelle qui permettrait aux services de garde à l'enfance de s'assurer une présence sur la place publique;
- sans association professionnelle, pas de plans de carrière, pas d'échelles salariales, pas d'objectifs communs pour les intervenantes.
Côté travail
- des salaires trop bas et des avantages sociaux insuffisants qui contribuent, on le sait, aux problèmes de recrutement et de maintien en poste du personnel dans les garderies, des difficultés qui découlent elles-mêmes de la précarité financière des garderies;
- cette précarité est elle-même due en partie au fait que les frais payés par les parents constituent la principale source de revenus des garderies, une source qui varie en fonction du nombre d'inscriptions;
-l'insatisfaction ressentie par les intervenantes, due à des conditions de travail qui ne correspondent pas à la nature des tâches. Les attentes augmentent, mais les salaires ne bougent pas et les avantages sociaux restent les mêmes;
- l'augmentation du nombre d'enfants ayant des besoins spéciaux;
- l'augmentation du nombre d'heures non payées passées à toutes sortes de tâches;
- l'augmentation de la charge de travail, l'augmentation du stress dû à un taux de roulement du personnel élevé et au nombre croissant d'enfants inscrits à temps partiel.
Côté opinion publique
- la faible reconnaissance sociale et le peu de respect accordés aux intervenantes qui travaillent auprès des jeunes enfants;
- le peu de valeur accordée aux enfants et au travail des femmes qui s'en occupent;
- la perception de l'éducation comme une affaire privée relevant uniquement de la famille.
Il faut dès maintenant prendre conscience de ces réalités si nous voulons que se transforme l'attitude de la population envers les intervenantes en garderie.
Au Québec
Le problème le plus important auquel se heurtent les services de garde d'enfants au Québec, c'est le recrutement d'un personnel suffisamment bien formé pour répondre à la croissance exponentielle que connaît le secteur depuis quelque temps. J'ai parlé avec Francine Labrie, membre du conseil d'administration de la FCSGE, de la situation au Québec où plusieurs des facteurs d'insatisfaction que nous venons d'énumérer ont disparu. Voici comment.
- Les services de garde d'enfants sont reconnus comme des services essentiels et le gouvernement respecte ses engagements dans sa politique familiale et ses autres politiques; chaque centre de la petite enfance est indépendant et géré par un conseil de parents.
- Les services de garde d'enfants sont considérés comme une priorité publique et ils sont facilement accessibles grâce à un coût universel de 5 dollars par jour. (La crise, au Québec, se manifeste plutôt par le manque de places en garderie et la pénurie de personnel qualifié pour répondre à la demande.)
- Les établissements qui dispensent la formation aux intervenantes auprès des enfants reçoivent l'aide du gouvernement, et les cours sont abordables. La formation dispensée dans les cégeps est gratuite. Dans certaines conditions, les activités de perfectionnement professionnel sont gratuites pour le personnel ayant trois ans d'expérience.
- Bien qu'elles ne bénéficient pas de la parité avec les fonctionnaires, les intervenantes reçoivent tout de même un salaire équitable. Ces hausses de salaires et le fait que les deux tiers du personnel détiennent un diplôme sont dus essentiellement à la reconnaissance des services de garde d'enfants comme des service essentiel et aux politiques qui en découlent.
-Ces meilleurs salaires confirment que les intervenantes sont reconnues comme des professionnelles. Plus important encore, elles se considèrent elles-mêmes comme des professionnelles, et les étudiantes aussi.
Conclusion
Les résultats de notre étude contextuelle ont été présentés au ministre des Services communautaires de la Nouvelle-Écosse en août 2000. À la lecture de notre rapport, le recrutement et le maintien en poste du personnel ont été déclarés prioritaires dans l'allocation des sommes à distribuer dans le cadre due l’Entent sur le développement de la petite enfance. Les résultats de l'étude Oui, ça me touche! (2000) sont venus confirmer ceux de notre recherche. Dans la même optique, notre Parade of Promises Proposal avait également pour objectif de déterminer comment l'argent devrait être dépensé.
En mai 2001, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a publié un texte intitulé Our Children: Today's Investment, Tomorrow's Promise, dans lequel il précise sa vision concernant les services de développement de la petite enfance. Cette vision renferme trois grandes priorités, dont la consolidation des services de garde à l'enfance, reconnaissant ainsi le rôle essentiel de ces services dans l'élaboration d'un mécanisme de développement de la petite enfance. Notre voix a été entendue et certains de nos problèmes ont été résolus. D'autres attendent encore de l'être...
La difficulté à recruter et à garder des intervenantes qualifiées est due à l'interaction complexe de nombreux facteurs, chacun ayant une incidence sur tous les autres. Les choses peuvent paraître simples quand on les considère superficiellement, mais en y regardant de plus près, on voit se dessiner des obstacles inhérents au système qui empêchent le secteur des services de garde d'enfants de prendre la place qui lui revient dans le cadre des services publics essentiels. Notre recherche nous a fait avancer dans notre long parcours vers cette reconnaissance. Elle nous donne une idée de ce que nous pouvons faire et de ce qui doit être fait pour résorber les problèmes de maintien en poste et de recrutement du personnel et pour franchir les obstacles auxquels ont à faire face les personnes qui œuvrent dans le domaine des soins et de l'éducation de la petite enfance.
Elaine Ferguson, MA, est directrice générale du Child Care Connections-Nova Scotia, un organisme communautaire qui travaille au développement des services de garde d'enfants en Nouvelle-Écosse. Elle est membre fondatrice de la FCSGE et elle siège au Conseil d'administration de cet organisme. ©FCSGE 2001
Interaction, Vol. 15, No 3, Automne 2001. P. 27-28. © CCCF







