Press Room

Un mode de perfectionnement professionnel applicable aux services de garde en milieu familial
par Diane Mitchell

Lorsque notre réseau a été l'un des groupes choisis pour mettre à l'essai le programme de formation de premier niveau pour les services de garde en milieu familial, nous n’avions aucune idée des avantages que notre réseau en retirerait. À titre d'animatrice au Home Child Care Network à Thunder Bay (Ontario), j'avais mis à l’essai beaucoup de cours de formation sans jamais en trouver un qui réponde à tous nos besoins. Beaucoup de ces cours prônaient des méthodes de résolution de problèmes qui fonctionnent très bien dans une garderie où on peut faire appel à des collègues et à d'autres personnes-ressources, mais qui ne tiennent pas compte du contexte de la garde en milieu familial.

La garde en milieu familial est une profession très particulière. Tant qu'on n'a pas fait ce travail, on ne peut pas réellement comprendre les situations qui se présentent au cours d'une journée. Les responsables des services de garde en milieu familial ont tendance à travailler de façon isolée. Lorsqu'il y a des couches à changer ou des repas à préparer, elles sont généralement seules pour tout faire. J’ai découvert que le projet de formation en garde familiale était celui qui offrait la meilleure analyse de la façon d'aborder les situations de garde en milieu familial; on y donne de nombreuses idées pratiques susceptibles de faciliter la vie de l’intervenante.

On m'avait prévenue que les responsables n'étaient pas du genre à suivre des cours de formation. Toutefois, dans notre cas, il s'est avéré : qu’elles étaient plus qu'intéressées à suivre la formation, en particulier un cours donné par des personnes qui offrent elles-mêmes un service de garde à domicile, qui se prennent au sérieux et pour qui ce travail est important. Un second incitatif tenait au fait que la formation était gratuite; après tout, il est difficile d'encourager quelqu'un qui gagne moins que le salaire minimum, une fois les dépenses soustraites, à payer 100 $ pour un cours qui ne donne accès à aucune promotion ni à aucune reconnaissance professionnelle. Enfin, un certificat était décerné à toutes celles qui s'étaient présentées aux cours et qui avaient réussi touts les tests ou tous les travaux du module.

Vingt-deux des 52 intervenantes dans notre réseau de services de garde en milieu familial ont terminé la formation avec succès. Trois intervenantes du réseau ont pris le cours en main. Même si elles n'avaient pas de formation particulière, leur expérience personnelle et leur passion pour leur travail leur a permis de bien transmettre l'information. Le niveau un est un cours de base. Je craignais donc que les intervenantes qui avaient plus de cinq ans d'expérience (la moitié du groupe) s'ennuient et n'apprennent rien de nouveau. Erreur! Chacune dans le groupe a appris quelque chose. Parfois, il s'agissait d'un conseil pratique comme utiliser du papier ciré à l'endroit où l’on change les couches. À d'autres moments, les participantes redécouvraient la raison pour laquelle elles avaient choisi de s'occuper d'enfants. Après des années de travail, on a tendance à perdre de vue nos motivations.

Dès le début, nous avons tenté de créer une atmosphère de confiance et d'ouverture entre les intervenantes et les formatrices. La confidentialité était un élément fondamental. Comme le projet renferme des données qui suscitent un débat, certains soirs, il était difficile de mettre fin à la discussion même après trois heures d'échange. Ce cours nous a fait voir l'importance de réunir les responsables de garde en milieu familial de façon à ce qu'elles puissent s’entraider et se renseigner mutuellement. Celles-ci ont commencé à établir des relations entre elles grâce au climat de confiance et d'ouverture qui régnait dans le groupe.

Beaucoup de participantes à notre cours ont trouvé dans leur quartier d'autres intervenantes avec qui faire des sorties et parler de leurs préoccupations quotidiennes. Ces rapprochements ont abouti à un calendrier structuré de sorties durant les mois d'été. En devenant plus à l'aise les unes avec les autres et plus sûres de leurs capacités, ces femmes ont commencé à jouer un rôle plus important dans le réseau en participant aux comités et en siégeant à l'exécutif.

Il est devenu très clair durant la formation que l'isolement était un sentiment partagé. Notre plus grande réalisation a été la mise en place, par une intervenante qui avait terminé la formation, d'un programme de mentorat dans notre réseau. Ce programme est axé sur l'échange d'information entre intervenantes, tout comme c'est le cas durant la formation. On espère ainsi atténuer le problème d'isolement si courant parmi les responsables de garde en milieu familial. Désormais, chaque intervenante qui se joint à notre réseau reçoit immédiatement le nom d'une intervenante de son quartier avec qui elle peut communiquer pour lui poser des questions ou lui parler de ses préoccupations quotidiennes. Ce programme a été très bénéfique tant pour nos membres que pour l'exécutif, car nous sommes maintenant plus nombreuses à nous partager la charge de travail.

Un grand nombre d’intervenantes manquaient d'assurance au début du cours et hésitaient quant à la manière d'agir avec les enfants dont elles avaient la garde. À la fin du cours, leur estime de soi et leurs connaissances s'étaient accrues au point où elles se sentaient beaucoup plus à l'aise dans leurs rapports avec les parents et les enfants. Quelle merveille de voir une intervenante, réticente à s’adresser au groupe au début, présenter un travail à la fin du cours et se sentir suffisamment en confiance pour faire signer aux parents un contrat précisant les services de garde recherchés!

On associe parfois les services de garde en milieu familial au « gardiennage ». Comme nous n'avons pas nécessairement de programme d'activité ou d'horaire fixe, les gens pensent que nous ne faisons rien pour stimuler les enfants. La formation de premier niveau en garde familiale nous a fait voir que nous offrons effectivement aux enfants l'environnement stimulant dont ils ont besoin pour grandir et s’épanouir. Nous le faisons tout simplement d'une façon peu structurée, dans un contexte de type familial.

J'encourage toute coordonnatrice ou animatrice à offrir aux membres de son réseau la formation de premier niveau en garde familiale. Vous serez étonnées des changements qui se produiront dans votre groupe. Comme personne, comme réseau et comme collectivité, nous avons tiré profit de cette expérience et nous souhaitons vivement offrir la formation de niveaux deux et trois dans un avenir rapproché.

Diane Mitchell est animatrice au sein du réseau des services de garde à domicile de Thunder Bay (Ontario). © FCSGE 2001

Interaction, Vol. 15, No 2, Été 2001. P. 22-23. © CCCF