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Le périple de l’enseignement à distance
par Donna Morrison

Au département de la petite enfance du Red Deer College, l’enseignement à distance s’inscrit dans un parcours dynamique qui a pris forme et s’est modifié en réponse aux besoins changeants du domaine et des étudiantes et au fur et à mesure de l’émergence des nouvelles technologies. J’en ai retracé les étapes afin d’examiner et de partager avec vous ce que nous avons appris.

Les premiers plans de cours à distance ont été élaborés il y a plus de 12 ans. Le département a mis sur pied un programme de diffusion externe à l’intention des personnes vivant dans un rayon de deux heures de route du Collège. Même si l’idée de répondre aux besoins de formation des étudiantes dans leur collectivité était nouvelle pour nous, les cours étaient enseignés de façon traditionnelle, c’est-à-dire qu’on avait organisé un cours de trois heures par semaine, en soirée, pour accommoder celles qui travaillaient. Comme nous avons aussi offert des stages aux étudiantes en milieu de travail, celles-ci pouvaient terminer leur programme d’éducation de la petite enfance sans quitter leur collectivité.

Les restrictions en matière de bourses d’études, la hausse des frais d’inscription et des coûts du déplacement et les maigres salaires des responsables de services de garde ont entraîné une réduction de la taille des classes au sein du programme de diffusion externe. Nous faisions face à de nouveaux défis sur le plan financier et logistique. Simultanément, les débouchés qu’offrait la technologie sur le plan didactique suscitaient une exaltation grandissante. Nous étions tentées de nous lancer d’emblée dans l’enseignement assisté par ordinateur. Heureusement, nous avons demandé au département de recherche du Collège de mener un sondage auprès des étudiantes pour cerner leurs besoins. Les résultats de ce sondage ont indiqué que seule une petite poignée d’étudiantes avaient accès à un ordinateur et que la majorité n’avaient pas envie d’en faire usage!

La prochaine étape a consisté à adopter un mode d’enseignement à distance à multiples facettes dans lequel nous avons incorporé, le samedi, des séminaires d’une journée ayant lieu au Collège, des séances d’audioconférence dans des salles communautaires entre les séminaires, et des modules comportant des documents imprimés à étudier à la maison. Même si la conception et le nombre de modules et de séminaires ont sans cesse évolué et si nous sommes passées des téléconférences de groupe à des audioconférences à partir du domicile des participantes, ce programme continue à répondre efficacement aux besoins d’apprentissage des étudiantes.

Les étudiantes du département de la petite enfance qui travaillent aiment l’interaction en classe que leur offrent les trois séminaires qui se donnent chaque semestre. Elles nous disent qu’elles ont besoin de ces rencontres face à face mais qu’elles apprécient aussi avoir moins de déplacements le soir après leur journée de travail et avoir le loisir d’aménager leurs périodes d’étude dans leur vie occupée. Au cours des dernières années, le nombre d’étudiantes inscrites à plein temps sur le campus qui participent à ce programme souple a augmenté.

Même si de nombreuses étudiantes continuaient à apprécier ce mode d’apprentissage à distance, la promesse d’une amélioration de l’enseignement grâce à une plus grande utilisation de la technologie a capté l’imagination du corps enseignant - le Collège s’axait davantage sur la technologie et notre département souhaitait ardemment profiter de ces nouvelles modalités d’enseignement. Avec le recul, nous constatons qu’il était sage de commencer par offrir des cours optionnels à la fois aux étudiantes de deuxième année sur le campus et aux étudiantes à temps partiel hors campus.

Nous avons élaboré des modules imprimés, solides sur le plan éducatif, accompagnés d’un séminaire au début et au milieu du semestre. Grâce au système USENET en usage au Collège, nous avons établi des communications hebdomadaires entre enseignantes et étudiantes, ainsi qu’un dialogue entre étudiantes. Nous y avons incorporé des recherches sur le Web et conçu les tâches de manière à renforcer le recours à l’Internet et à familiariser les étudiantes avec cette ressource. Dans le programme de diffusion externe s’adressant aux étudiantes de deuxième année, nous avons remplacé la communication par téléconférence par des communications hebdomadaires sur Internet. Ce changement a été assez bien accueilli car un nombre croissant d’étudiantes inscrites aux cours à distance ont accès à un ordinateur, elles sont plus habituées à s’en servir et moins réticentes. Nous sommes en train maintenant d’introduire la communication par Internet dans le programme d’enseignement à distance de première année.

L’apprentissage assisté par ordinateur a accru l’intérêt des étudiantes. Après une période d’expérimentation intensive, le Collège a adopté le WebCT comme logiciel pour le programme de diffusion externe et d’enseignement à distance. La transition s’est faite assez facilement, tant pour les enseignantes que pour les étudiantes, parce que la technologie de l’Internet est beaucoup plus conviviale que USENET. Le Collège a créé un laboratoire de technologie doté du personnel et de l’équipement nécessaires pour aider les enseignantes; toutefois, la plus grosse part de la conception du cours à l’aide du WebCT est entre les mains des enseignantes. Les professeures du département de la petite enfance ont de la difficulté à concevoir les cours; aussi, procédons-nous lentement. L’automne dernier, nous avons mis sur le WebCT tous les cours de première et de deuxième années qui se donnent sur le campus. Nous avons utilisé le programme pour afficher les diplômes et pour proposer des tâches et des outils de communication en direct à l’appui des cours qui se donnent en classe, sur le campus. Le WebCT a un énorme potentiel d’expansion dans notre système de prestation, et le département est ouvert à l’idée d’explorer ces possibilités et d’inviter les étudiantes et les étudiants du monde entier à se joindre à nous.

Aussi passionnées que nous puissions l’être par l’enseignement assisté par ordinateur, nous demeurons vigilantes et veillons à ce que les systèmes de prestation cadrent avec les cours que nous enseignons et avec les auditoires visés. Par exemple, nous offrons un cours optionnel intitulé « Les enfants et les familles autochtones ». Ce cours a été conçu par suite d’une évaluation en profondeur des besoins effectuée à l’aide d’un sondage auprès des personnes participant à la prestation de tels programmes dans les réserves des Premières nations et dans les quartiers avoisinants. Les commentaires reçus ont clairement indiqué que la technologie informatique ne serait pas utile pour donner ce cours à l’heure actuelle. Par conséquent, nous avons conçu des modules imprimés assortis d’une communication bimensuelle par téléconférence. Le cours est donné à l’échelle du pays par une enseignante qui vit à Vancouver.

Nous avons également offert d’enseigner le programme du département de l’éducation de la petite enfance au personnel des garderies dans deux collectivités des Premières nations. Les garderies sont ouvertes du lundi au jeudi, et les intervenantes se transforment en étudiantes le vendredi. Ces collectivités ont un grand besoin de personnel qualifié, et nous sommes actuellement en négociation avec d’autres réserves pour donner des cours dans le cadre de programmes propres à répondre à leurs besoins particuliers. Ce sont là des projets de diffusion fort intéressants dans lesquels l’enseignement et l’apprentissage sont intégrés au mode de pensée des collectivités autochtones et sont pertinents, tant pour les enfants que pour les familles.

Six leçons
Nous avons tiré les leçons suivantes de notre expérience de l’enseignement à distance. Il faut :
1. Progresser lentement et avec précaution. C’est la plus importante leçon que nous avons tirée de notre programme d’enseignement à distance sur support informatique. Nous avons tenté de nous en tenir à une courbe d’apprentissage en douceur en aidant les étudiantes à se réjouir de leurs succès et à faire appel aux nouvelles technologies lorsqu’elles se sentaient prêtes à passer à l’étape suivante. Même si nous nous efforçons de suivre le rythme des changements technologiques, nous prenons le temps d’examiner soigneusement les problèmes, en fonction de notre situation, avant d’agir. Il est essentiel que les étudiantes nous emboîtent le pas dans ce processus.
2. Ne pas perdre de vue les principes de base de la relation entre étudiantes et enseignantes. Même si nous pouvons être tentées de succomber à la fascination que peut exercer la technologie, nous devons l’utiliser pour répondre aux besoins des étudiantes plutôt qu’exiger de celles-ci qu’elles s’adaptent à notre vision technologique. Il y a plusieurs formes appropriées d’enseignement à distance, dont certaines restent très traditionnelles dans leur mode de prestation tout en étant hautement efficaces. Les relations interpersonnelles entre enseignantes et étudiantes sont fondamentales si l’on veut qu’il y ait apprentissage, et elles peuvent être créées avec succès dans toutes sortes de contextes d’enseignement à distance.
3. Saisir les nouvelles occasions et rechercher les ressources appropriées. Même si nous ne voulons pas submerger les étudiantes, nous voulons tirer profit de la nouvelle technologie et maintenir le dynamisme de notre programme. Nous encourageons les enseignantes à adopter de nouvelles façons de faire et à le faire avec passion. Notre département bénéficie de l’encouragement et de l’appui d’un système collégial dont il partage les buts et les valeurs ainsi que de l’apport de nombreuses ressources : ateliers, conférences et ressources sur Internet. Nous devons apprendre à utiliser ces ressources avec efficacité et efficience.
4. Faire vivre aux étudiantes sur le campus l’expérience d’un mode d’enseignement différent. À l’ère de la technologie, il est profitable pour tout le monde de connaître les formes les plus modernes d’enseignement, parce qu’elles deviendront de plus en plus importantes à l’avenir. En concevant les cours de façon à accueillir des étudiantes inscrites à plein temps, nous pouvons suivre leurs progrès. Dans les programmes pilotes, il s’est avéré utile de résoudre les problèmes avec elles, en personne, lorsqu’il y a eu des accrocs. Il s’est avéré tout aussi rentable d’offrir la même possibilité aux étudiantes à plein temps, sur le campus, et aux étudiantes inscrites à temps partiel, hors campus.
5. Être prêtes à courir des risques. Les enfants nous montrent sans cesse à quel point il est important de faire des découvertes à l’aide de méthodes expérimentales. Cela vaut également pour l’enseignement à distance. Même s’il est important d’examiner le sentier que nous allons emprunter avant de nous engager, tête première, dans cette direction, nous ne pouvons pas nous permettre de rester immobiles par crainte de la technologie ou des erreurs de parcours. Des erreurs, nous en commettrons, mais nous tirerons des leçons de notre expérience et nous nous améliorerons.
6. Solliciter constamment l’opinion des étudiantes. Pour être à l’écoute de nos étudiantes, nous devons chercher à savoir ce qui, d’après elles, fonctionne et ne fonctionne pas. Nous devons revoir nos systèmes d’enseignement pour répondre à leurs besoins changeants et rester attentives aux besoins de chaque collectivité en matière de services de garde d’enfants. Les étudiantes doivent pouvoir se fier à nous et être sûres que nous allons tenir compte de leur rétroaction; de notre côté, nous devons croire qu’elles nous donnent leur opinion en toute honnêteté.

Pour mettre en œuvre efficacement un programme d’enseignement à distance, il faut trouver le juste milieu, c’est-à-dire avancer avec circonspection, mais suffisamment rapidement pour suivre le rythme du changement technologique; il faut être à l’écoute des étudiantes et prêtes à faire des changements sans éliminer totalement les modes d’enseignement traditionnels. Le meilleur conseil que je puisse donner aux personnes qui se lancent dans l’aventure, c’est de demeurer souples et de garder à l’esprit l’éventail des possibilités tout en réfléchissant aux besoins d’apprentissage de chaque étudiante. Même si c’est une aventure chaotique pour la plupart d’entre nous, le jeu en vaut la chandelle. Nous sommes enthousiastes à l’idée de poursuivre notre cheminement et invitons les personnes qui sont engagées la même voie à nous faire part de leur expérience.

Donna Morrison, PhD, est enseignante et directrice du département de la petite enfance au Red Deer College, à Red Deer (Alberta).

Interaction, Vol. 16, No 1, Printemps 2002. P. 36-38. © CCCF