Press Room
Partenaires dans le mentorat
par Ruth Lawryk et Shannon McNevin
Q. : Qu'est-ce qui vous a poussées à participer au programme Partners in Practice?
Ruth : Même si j'aime réellement mon travail, je ressentais un vide. J'étais prête à relever un nouveau défi, à entreprendre une cure de rajeunissement. Enseignante dans une prématernelle coopérative, je me sentais souvent un peu isolée. Lorsque j'ai entendu parler du projet de mentorat à une réunion de l'Association of Early Childhood Educators, Ontario (AECEO), ma curiosité a été piquée. Je me suis demandé si je pourrais le faire et si j'avais quelque chose à offrir à une novice œuvrant dans le monde de la petite enfance. Deux jours avant la date limite de présentation de la demande et du portfolio, j'ai décidé de tenter ma chance. Je m’en réjouis aujourd'hui car c'est la meilleure décision que j’ai jamais prise sur le plan professionnel.
Shannon : J'avais changé d'emploi pour aller dans une coopérative et j'avais besoin d'en apprendre à ce sujet. Je me sentais isolée des autres programmes et des éducatrices de la petite enfance. Ça m'était difficile d'établir un réel contact avec mes collègues parce que j'avais toujours travaillé seule. Je voulais quelqu'un avec qui brasser des idées, quelqu'un qui comprenait comment les coopératives fonctionnent et qui pourrait renforcer ma philosophie et mon mode d'enseignement. Je voulais une collègue qui m'aide à acquérir plus d'assurance dans mes interactions quotidiennes avec les parents.
Q : Comment avez-vous trouvé l'expérience?
Ruth : Participer à la formation a été en soi toute une expérience. L'engagement et l'intérêt des autres mentors étaient contagieux. Grâce au regard neuf posé sur moi-même, aux enseignements reçus sur le développement des adultes et les étapes de la vie et à l'art de la réflexion, j'ai senti une nouvelle personne émerger en moi. J'attendais avec impatience le jour où je pourrais mettre ces compétences en pratique. Je n’étais toutefois pas encore sûre de pouvoir donner à une nouvelle éducatrice de la petite enfance ce dont elle avait besoin.
Shannon : J’envisageais toujours les visites hebdomadaires de Ruth avec plaisir. Tout était positif avec elle. Les enfants et les familles des garderies aimaient aussi ces visites. Les familles accordaient de la valeur aux opinions et au savoir-faire de Ruth dans le domaine de la petite enfance et se renseignaient sur l'importance des expériences des enfants en bas âge. Ruth et moi dialoguions constamment, par téléphone et à l'occasion des visites, des cours et des réunions. Nous nous fixions des buts et les atteignions. Nous échangions des idées et des ressources pour nos garderies respectives. Par exemple, nous avons préparé ensemble une journée récréative pour nos deux garderies, puis nous avons utilisé nos ressources pour présenter un atelier sur les jeux coopératifs. J'ai eu la chance de voir la personne expérimentée qu’est Ruth « en action », mais j'aurais aimé passer plus de temps dans son milieu de travail.
Q : Comment votre relation s'est-elle développée?
Ruth : Le jour où Shannon est devenue ma protégée, il y a eu comme une étincelle entre nous. Je l'avais rencontrée auparavant et je savais que c'était sa première expérience dans une prématernelle coopérative, mais nous n'avions alors pas beaucoup parlé. À partir de ce jour-là, nous avons causé chaque fois que nous en avions la chance – avant nos programmes du matin, à l'heure du déjeuner et après l'école. L'énergie et l'enthousiasme de Shannon me donnaient un regain d'énergie. Je me suis aussitôt aperçue que j'allais retirer autant, sinon plus, de ce projet que ma protégée.
Shannon : Dans ses visites hebdomadaires, Ruth m'aidait à voir l'importance du dialogue entre l'éducatrice et les parents. Elle m'a fait comprendre que les familles mènent des vies très actives, que chaque famille est particulière et qu'il faut s'armer de patience. Elle m'a montré à m'arrêter, à reprendre mon souffle et à me souvenir de la situation de chaque famille. Une relation de confiance s’est bâtie entre les parents et moi, grâce à l’approfondissement de notre connaissance mutuelle.
Ruth : Mes visites le jeudi après-midi au programme de Shannon étaient toujours agréables. À ce moment-là de la semaine, j'étais fatiguée et j'avais peine à croire que Shannon pouvait avoir encore autant d'énergie. Sa salle de classe était merveilleusement décorée – elle a un vrai talent artistique et je lui ai emprunté certaines bonnes idées. Je restais habituellement au moins une heure de plus que prévue. Je commençais à voir que mon rôle de mentor produisait un effet. Mon expérience auprès des parents à titre d'enseignante de coopérative me permettait d'aider Shannon à ressentir de l'empathie face à la complexité du rôle parental. Étant parent moi-même, je pouvais souvent lui faire voir les deux côtés de la médaille sur une question. J'avais de plus en plus confiance en ma capacité d'être mentor. Après tout, j'avais quelque chose à offrir!
Ruth et Shannon : Nous avons eu la chance de pouvoir présenter notre expérience dans le cadre d'une conférence organisée par la Fédération canadienne des services de garde à l'enfance. C'est alors que nous nous sommes aperçues de tout ce que nous avions en commun. Nous partagions une chambre et avons parlé toute la soirée. Il a été facile de présenter notre témoignage. Comme notre expérience était bonne, tout semblait couler de source. Seule pierre d’achoppement : la rédaction d’un journal; nous parlions tellement au téléphone qu'avant même de pouvoir écrire la nature du problème dans notre journal, tout avait déjà été discuté et résolu.
Q : Comment vous êtes-vous senties lorsque vous avez vu venir la fin de ce projet d'un an?
Ruth : Nous avons proposé d’avoir deux jours de réflexion dans le cadre du projet et l'avons obtenu. Ce moment a été une expérience pleinement enrichissante. Je me souviens d'avoir pleuré vers la fin du week-end et d'avoir pensé que nous venions de vivre un moment spécial. Nous avions travaillé, joué, ri et pleuré ensemble.
Shannon : Plus le temps avançait, plus je voyais venir avec crainte la fin du projet. Beaucoup de questions me trottaient dans la tête : est-ce que je vais réussir toute seule? La relation va-t-elle continuer? Que vais-je faire si je n'ai pas de réponse à une de mes questions? Je n'en revenais pas de la vitesse avec laquelle l'année s'était écoulée et de toutes les choses merveilleuses que nous avions vécues sur le plan professionnel et personnel.
Notre relation professionnelle a changé de niveau mais est néanmoins demeurée solide, franche et ouverte. Il peut se passer des semaines sans que nous nous parlions maintenant, mais dès que nous le faisons, nous sommes sur la même longueur d'onde.
Ruth : Je craignais que la fin du projet ne nous éloigne. Nous avons naturellement pris un peu distance, tout en sachant que nous pouvions communiquer à tout moment par téléphone. Lorsque j'étais en période de réflexion à propos d’un changement d’emploi, nous avons inversé les rôles, et Shannon m'a prêté une oreille attentive et m'a donné beaucoup de soutien.
Q : Vous êtes-vous toujours bien entendues?
Ruth et Shannon : Dans l'ensemble, notre expérience a été incroyable, nous a donné confiance en nous et nous a permis de vivre des expériences positives et enrichissantes. C'était exactement ce que nous recherchions. Même si nos personnalités sont complètement différentes, elles se complètent. Nous étions assez ouvertes pour respecter l'opinion et le point de vue de l'autre. Nous ne saurions trop recommander à quiconque de vivre une telle expérience.
Shannon : J'ai appris à ralentir, à prendre plaisir à ce que je faisais et à éviter l'épuisement.
Ruth : J'ai acquis la confiance nécessaire pour poursuivre ma carrière, j'ai pris un bain de jouvence et décidé de demeurer dans la profession.
Q : Que faites-vous maintenant?
Shannon : J'enseigne encore dans une coopérative et j'adore ça. Mon centre a déménagé et beaucoup de changements ont eu lieu. Je suis pour la deuxième année consécutive présidente de l'AECEO et j'ai coprésidé la conférence provinciale en l'an 2000. En ce moment, j'aide deux femmes à obtenir leur équivalence et à être reçues au sein de l'AECEO – je suis devenue mentor moi-même.
Ruth : Je travaille maintenant à l'Early Childhood Community Development Centre, où je suis très heureuse. Je travaille à des programmes d'extension qui exigent que je mette chaque jour en pratique mes compétences en mentorat. J'ai presque terminé mon programme d'administration en éducation de la petite enfance menant à un certificat, et j'ai suivi des séances de formation fantastiques. Je sais que je n'abandonnerai jamais ce domaine. ©FCSGE 2001
Ruth Lawryk, ÉPE, travaille au programme d'extension de l'Early Childhood Community Development Centre à St. Catharines, en Ontario. Elle a travaillé à titre d'ÉPE pendant plus de vingt-cinq ans. Shannon McNevin, ÉPE, est superviseure à la Niagara Nursery School à Niagara-on-the-Lake, en Ontario. Elle est actuellement présidente de l'AECEO, section du Niagara. © FCSGE 2001
Partners in Practice est un organisme national sans but lucratif qui a pour mandat de promouvoir le mentorat dans le domaine de la petite enfance. Les partenaires (conseil d'administration) sont : Elaine Ferguson, directrice générale de Child Care Connections-NS, Halifax (Nouvelle-Écosse); Tammy McCormack Ferguson, directrice générale de l'Early Childhood Community Development Centre, St. Catharines (Ontario); Carmella Singleton, directrice des programmes de la petite enfance au College of the North Atlantic, St. John's (Terre-Neuve); Allison Soave, coordonnatrice des programmes de la petite enfance au Niagara College, Welland (Ontario). Les partenaires contribuent aux aspects théoriques et pratiques des projets et en sont les principales chercheures.
Les objectifs de Partners in Practice sont les suivants :
. promouvoir le mentorat;
. fournir des renseignements, un soutien et des ressources afin d’assurer la qualité du mentorat;
. fournir un lieu d'échange afin de favoriser le dialogue au sujet du mentorat;
. créer un organisme financièrement viable.
Les projets de Partners in Practice visent à établir une infrastructure à l'appui du mentorat dans l'exercice de la profession de l’éducation de la petite enfance au Canada. Le premier projet, qui s'est déroulé de mars 1998 à l'automne de 1999, a consisté à élaborer un modèle de mentorat au moyen d'un projet pilote se déroulant à St.John's (Terre-Neuve), dans la région du Niagara (Ontario) et à Halifax (Nouvelle-Écosse). Mmes Lawryk et McNevin ont été parmi les premières à former équipe.
Interaction, Vol. 15, No 2, Été 2001. P. 27-29. © CCCF







